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L’Ecole des hautes études en sciences économiques pour concurrencer Skolkovo ?

Le Courrier de Russie. 6 сентября 2013

En septembre 2013, l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou lancera, avec l’École supérieure de commerce de Paris, le programme Master in European business. Le Courrier de Russie a rencontré le premier vice-recteur, Alexandre Chamrine, et la directrice de l’Institut international d’administration et de business, Irina Maltseva, pour évoquer ce projet de coopération franco-russe.

Le Courrier de Russie : Comment l’idée de ce programme de master croisé est-elle née ?

Alexandre Chamrine : Je tiens à rappeler que l’École des hautes études en sciences économiques a été fondée en 1992, soit pratiquement au même moment que l’État russe contemporain lui-même. L’objectif, évidemment, était de sortir du modèle russe d’enseignement traditionnel pour faire une percée dans l’espace de la formation et du business à l’occidentale. Dès le début, nous avons eu des partenaires étrangers : l’Université de Rotterdam et celle de Paris I-Sorbonne. Le développement de l’École des hautes études en sciences économiques est étroitement lié à cette coopération avec Paris I. Et la naissance du programme Master in European business n’est que la poursuite logique de cette tendance.

Irina Maltseva : Nous collaborons également avec la Chambre de commerce et d’industrie de Paris depuis 2000. Avec l’ESCP, chapeautée par la CCIP, nous avons créé notre premier Master en 2005. Ce nouveau programme de Master in European business se déroule sur une année. Les étudiants font un semestre dans chaque université, à l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou et à l’Ecole supérieure de commerce à Paris et obtiennent deux diplômes à la sortie. Toute la formation s’effectue en anglais.

LCDR : En quoi ce programme sera-t-il différent des autres masters ou des MBA ?

I.M. : L’originalité de ce programme consiste dans un environnement véritablement multiculturel pour les étudiants, grâce à cette possibilité de poursuivre leur formation dans des universités différentes. L’espace multiculturel rend notre programme d’autant plus intéressant que les étudiants auront l’occasion de se confronter non seulement aux différences culturelles générales mais également aux particularités de la mentalité des mondes des affaires de chaque pays. L’autre volet important du programme est lié à la transmission des savoir-faire et des compétences pratiques, qui sont réellement utiles aux étudiants.

A.C. : L’enseignement russe est surtout tourné vers la recherche. Alors que le Master of Arts occidental est très demandé sur le marché, on a surtout, en Russie, des Master of Science. Et notre programme est justement un Master of Arts. Quant aux cursus MBA, on sait qu’ils prévoient peu de disciplines spéciales et s’orientent largement vers les cours de management. Notre programme, lui, accordera une grande attention aux connaissances pratiques.

I.M. : Une autre différence avec le MBA est liée au fait que notre programme n’accepte que les étudiants de moins de 35 ans. En outre, un MBA dure généralement deux ans. Les gens qui optent pour un MBA possèdent parfois déjà leur affaire : ils cherchent à apprendre des choses nouvelles ou même, simplement, à échanger avec les autres participants. Alors que notre programme est destiné à des jeunes gens qui, ayant déjà travaillé, ont compris que quelque chose leur manquait au niveau des connaissances. Le profil idéal pour ce Master, ce sont, par exemple, des ingénieurs qui approfondissent leur formation spécialisée. La formation initiale peut aller des finances à la linguistique, en passant par le droit. Pourvu que les étudiants se débrouillent bien en mathématiques, qui dominent parmi les disciplines enseignées.

LCDR : Le programme s’adresse-t-il à des étudiants russes ou étrangers ?

A. C. : C’est difficile à dire pour le moment… nous tablons déjà sur 50/50. Au vu des demandes reçues, nous remarquons que le programme suscite l’intérêt des Russes autant que des étrangers. Pour nous, cela témoigne du fait que les Russes se rendent compte qu’un simple diplôme, sans qualification approfondie, ne suffit pas pour se faire embaucher. Nos étudiants comprennent peu à peu l’importance des connaissances pratiques et ne se contentent plus d’un quelconque papier de fin d’études.

LCDR : Prévoyez-vous de concurrencer Skolkovo ?

A.C. : L’expérience de Skolkovo est très importante. Mais leur système est tout à fait à part : la formation s’effectue ici, en Russie, puis les étudiants sont envoyés dans des structures business occidentales. En outre, Skolkovo est orienté surtout vers les étudiants russes. Notre programme, lui, plonge directement les étudiants dans l’environnement du business à l’occidentale. Les étudiants ne sont pas élevés en incubateur. Le premier semestre, ils étudient en Russie et, le deuxième, ils vont dans un des cinq campus avec lesquels nous travaillons, à Paris, à Londres, à Madrid, à Turin ou à Berlin, au choix. D’ici un an ou deux, nous comptons d’ailleurs élargir le nombre de nos universités partenaires.

LCDR : Pourquoi un étudiant étranger viendrait-il faire ses études à Moscou ?

A.C. : Ce n’est pas à Moscou particulièrement qu’il vient, mais à l’ESCP. Il « achète » un programme de niveau international. Pourquoi choisir la Russie ? Eh bien, d’un côté, c’est un marché émergent et, de l’autre, le pays a déjà une histoire de relations business et une solide expérience accumulée avec d’autres États. Notre programme est un des rares, en Russie, où les étudiants peuvent réellement intégrer les cercles d’affaires.

LCDR : Comment avez-vous choisi les enseignants du programme ? Trouver des spécialistes russes anglophones a-t-il représenté une difficulté ?

I. M. : L’année dernière, quand les représentants de l’ESCP sont venus nous voir, ils ont dit que le campus moscovite réunirait les meilleurs enseignants. La majorité d’entre eux viennent de facultés d’économie et de management. À l’École des hautes études en sciences économiques, les professeurs aussi passent des concours ! Les cours de financial accounting, par exemple, sont assurés par une des rares spécialistes russes à posséder une accréditation américaine, une femme qui a travaillé 15 ans durant chez Deloitte. Le plus difficile, pour nous, a effectivement été de trouver des gens combinant compétences professionnelles et niveau de langue avancé. Mais nous y sommes arrivés : pour le moment, tous nos enseignants font partie de l’équipe de l’Ecole. Toutefois, nous ne nous limiterons pas à nos propres professeurs : mais allons solliciter les entreprises membres du Conseil de surveillance. Ce Conseil a d’ailleurs été créé spécialement pour veiller à la qualité de la formation du programme et organiser des master class visant à en renforcer le côté pratique.

LCDR : Où les étudiants pourront-ils aller travailler, à la sortie de votre programme ?

A. C. : Les spécialistes que nous aurons formés seront à même d’évoluer dans le monde du business russe autant qu’étranger, et international. Nous nous efforçons, dès le master, de faire en quelque sorte « naviguer » nos étudiants en leur proposant des stages dans des sociétés russes et multinationales.